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Extrait — La Fille du clan de la Lune noire

 

20 ans plus tôt

Cela fait des jours que je marche. Les paysages s'enchaînent, parfois urbains, mais j'essaie d'éviter autant que possible les villes. Je ne suis pas très à l'aise quand je suis entourée d'humains.

Pourtant, lorsque je suis partie, j'étais tout de même curieuse de découvrir de nouveaux lieux et de rencontrer tant de personnes différentes. Mon voyage a commencé par une petite commune où se fondait discrètement la population locale et magique. J'ai aimé me promener dans ses rues étroites, observant de loin les habitants vaquer à leurs occupations quotidiennes.

Ensuite, j'ai traversé de grandes métropoles animées. J'ai été fascinée par les lumières éblouissantes et l'effervescence de la vie citadine. Je me suis mélangée à la foule, me nourrissant subtilement de l'énergie extraordinaire des personnes qui m'entouraient.

J'ai également découvert, pendant mon périple, des villes emblématiques, où se mêlaient des bâtiments anciens et des monuments chargés d'histoire. Je me suis promenée dans les ruelles pavées, imaginant les événements passés qui s'étaient déroulés à cet endroit et où s'étaient sans nul doute affrontés des êtres de la nuit, sorciers et loups.

Au fil de mon voyage, j'ai pu faire la rencontre de personnes de toutes sortes. Certaines étaient curieuses et intriguées par mon apparence mystérieuse, tandis que d'autres étaient davantage méfiantes et se tenaient à distance. Cela m'a aidée à découvrir comment faire face à ces différentes personnalités et à me fondre dans la masse pour ne pas me retrouver au centre de l'attention. Je n'ai jamais aimé être la cible de tous les regards.

Ce voyage m'a également permis de me familiariser avec de nouvelles cultures, de rencontrer des individus intéressants et de satisfaire ma soif d'aventure. J'ai par ailleurs appris à m'adapter à différents environnements et à apprécier la diversité du monde qui m'entoure. Je suis libre, pour la première fois de ma vie.

Mais, ce que je préfère, ce sont les grandes étendues verdoyantes.

Je prends tellement de plaisir à marcher silencieusement entre les arbres majestueux et les sentiers sombres qui se fondent parfaitement dans l'obscurité. J'aime sentir la lueur du soleil éclairer faiblement mon visage pâle.

Quand je parcours les bois, je ressens une connexion profonde avec la nature qui m'entoure. Elle semble me murmurer d'anciens secrets. Les animaux nocturnes se taisent en ma présence. Je deviens à la fois une créature de la nuit et une habitante de la forêt, en harmonie avec cet univers sauvage.

J'aime me faufiler habilement entre les arbres, utilisant parfois ma vitesse et mon agilité surnaturelle pour chasser mes proies. J'admire la force et la résilience de ce monde, la symphonie des bruits, et la sérénité qui émane de cet environnement.

La solitude et la tranquillité que me procure cet espace m'apaisent, comme un refuge. Les bois m'offrent un sanctuaire, un endroit où je peux être moi-même sans être jugée.

Je me suis condamnée à errer seule pour l'éternité, à jamais séparée de la vie que j'ai connue autrefois. Les arbres et les ombres me rappellent les siècles passés, mes amours perdus et de lointains souvenirs.

Je suis partie au lever du soleil, et je ne me suis jamais retournée. La solitude est parfois salutaire lorsque l'on désire faire le point sur soi-même et, à ce moment précis de mon existence, une multitude de questions m'assaillent.

Qui suis-je vraiment ?

Ai-je un rôle à jouer dans cette vie ? Et, si oui, lequel ? Et, surtout, pourquoi moi ?

Ai-je le pouvoir de changer le cours des événements ?

Ma mère me disait toujours que tout arrive pour une raison. Notre mission est de comprendre pourquoi et de faire de notre mieux pour faire honneur à notre destinée.

Moi, je hais le destin. J'aimerais pouvoir le rencontrer et lui dire ma façon de voir les choses. Je doute qu'elle serait restée si philosophe si elle avait su quel serait son propre destin ou celui de mon père. Mais, ce sera une histoire pour un autre jour, car je n'ai pas le cœur d'y repenser maintenant.

En revanche, il y a peu, j'ai fait un choix qui ne plaira pas à la fatalité et je n'ai pas l'intention de revenir dessus. Jamais. Cet avenir ne sera pas le mien, je refuse.

C'est pour cela que je vis avec mon loup, Okami. Plus qu'un animal de compagnie, mon ami, mon confident, ma famille. C'est pour cela que j'ai décidé de veiller sur lui, même si cela va à l'encontre de ma nature profonde.

J'avance désormais le cœur battant. Les arbres majestueux se dressent autour de moi et dégagent une atmosphère à la fois envoûtante et intimidante. Enfin, j'aperçois une lumière étrange au loin. Elle attire mon attention et attise vivement ma curiosité. À mesure que je me rapproche, la lueur, provenant d'une clairière cachée au cœur de la forêt, grandit. Je m'avance donc avec précaution, mes sens en éveil.

Lorsque j'atteins cette clairière, la beauté du lieu me charme. Le Soleil brille intensément dans le ciel dégagé, l'illuminant d'un agréable halo. Je respire la douceur de la brise se mêler aux senteurs de la nature environnante.

Arrivant à l'orée des arbres, je m'imprègne de cette atmosphère enivrante quand, soudain, j'entends des bruits étranges plus loin. Des grognements sourds et des hurlements déchirants résonnent dans l'air.

Mon cœur s'emballe, alliant la curiosité et l'excitation. J'observe un instant avec fascination des loups-garous qui se déplacent avec grâce dans la clairière. Leurs yeux brillent d'une lueur sauvage et leurs crocs acérés étincellent sous le soleil.

Je reste immobile, captivée par la présence majestueuse de ces créatures. Les lieux vibrent d'une énergie intense, mêlant la puissance brute et la magie envoûtante des lycans. Mon ami à quatre pattes, lui, se fige et je me prépare, juste au cas où.

J'avance alors pour voir ce qu'il se passe et je découvre un groupe de combattants de la meute locale en train de se faire battre à plate couture par des sans meute. Des rebelles.

Les odeurs entêtantes que je perçois ne me trompent pas et je ne peux rester là à les regarder succomber sans réagir. Contrairement à eux, je ne peux pas me transformer, mais j'ai la chance d'avoir d'autres atouts dans ma manche, comme on dit chez les humains. Ma rapidité et ma force me permettent de surpasser nombre d'adversaires.

Instinctivement, je me déplace vers eux et grâce à l'effet de surprise, j'arrive facilement à venir à bout de deux rebelles. Les quatre prochains m'opposent ensuite un peu plus de résistance.

Ils savent se battre et se défendent avec hargne, mais ils sont trop désordonnés et trop indisciplinés pour pouvoir avoir le dessus sur moi. Après quelques minutes, ils rejoignent leurs amis à terre.

Une fois tout danger écarté, je m'approche des chasseurs de la meute et les aide à se relever. Heureusement, il n'y a pas de victimes ou de blessés graves, en revanche, ils semblent avoir peur de moi et je ne leur en veux pas. Leur rythme cardiaque s'accélère encore, leurs yeux sont écarquillés et leur regard est fuyant.

L'un d'eux, une femme, paraît un instant absente. Je sais déjà qu'elle doit être en train de relier mentalement son Alpha. Cette capacité est vraiment commode, car cela permet de contacter un autre membre de la meute à tout moment.

Et moi, qui ne suis ni un métamorphe ni une connaissance, je suis en territoire ennemi, j'en suis consciente. Pour eux, je suis tout aussi indésirable que ces rebelles que je viens d'affronter. Je vais devoir reprendre la route rapidement. Je ne veux pas d'ennuis.

J'ai à peine fini d'examiner les blessés de la meute que des bruits retentissent. Une dizaine d'entre eux surgissent de derrière les arbres. Des bruns, des noirs, des roux.

À leur tête, un animal énorme au pelage ébène. Sous l'effet des rayons du soleil, des reflets bleutés apparaissent et le rendent magique, presque mystique. L'Alpha, sans aucun doute.

Ils s'approchent tous, tout en maintenant une distance de quelques mètres derrière lui. La domination qui se dégage de cet Alpha est surprenante et cela m'impressionne un peu, bien que j'aie du mal à l'admettre.

Cependant, c'est une puissance douce et bienfaisante. Son regard chaleureux, franc et direct me confirme que c'est un homme d'honneur. Quand il reprend sa forme humaine, je baisse la tête en signe de respect. Mais aussi, car il se révèle nu. Si cela ne le dérange pas, moi, je ne suis pas vraiment à l'aise avec la nudité.

— Bonjour, je suis l'Alpha de la meute du croissant de Lune. Conrad. Je ne sais pas qui tu es, mais Natalia m'a expliqué que, si son groupe est encore en vie, c'est grâce à toi, alors pour cela, je te remercie, dit-il d'une voix grave, calme et profonde tout en jetant un coup d'œil autour de nous afin d'évaluer par lui-même la situation. Cette équipe était, à l'évidence, trop inexpérimentée pour se lancer seule sur les traces de ces rebelles qui sèment le trouble sur mon territoire. Je souhaiterais cependant savoir ce que tu fais ici, si loin de chez toi.

Étant incapable de lui répondre avec des mots, je commence à signer en espérant que cet homme, qui paraît être sans âge, me comprenne.

Bonjour, Alpha, je m'appelle Eien et je parcours le monde à la recherche d'un endroit paisible où m'installer. J'ai quitté mon clan et je ne veux pas d'ennuis, bien au contraire.

Il me regarde avec un air étrange, indéchiffrable. Je reste déférente et humble, mais toujours sûre de moi. Être sur son territoire et lui montrer du respect ne signifie pas que je lui sois inférieure de quelque manière que ce soit, et je compte bien le lui faire entendre.

Je vois dans ses yeux, dans sa gestuelle, qu'il m'a comprise. En revanche, il n'a nullement l'air surpris. C'est plutôt comme...


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